Cette lumière de commencement du monde
Annie Arsenault
Cette lumière dans la Vallée
c’est le commencement du monde
le commencement de la faim
viendrons-nous à bout de ce pays
viendrez-vous le prendre par le chignon du cou
le traîner par les cheveux
lui faire manger ses racines par le chiendent
lui percer le ventre à côté du nombril
et le laisser jeter son fuel sur sa propre chair
viendrez-vous sortir les chats du soleil
m’arracher à mon jardin
pour vous rouler dans l’argile et détourber la péninsule
pour vous soûler de poivre crispé et de limonade de mélèze
ferez-vous des trous dans le ciel
des espaces effacés à la gomme pour des mots au néon
quand ils viendront
les trains désinvoltes
le cortège des besoins primates
les banques à pitons
il faudra mettre nos yeux pyrotechniques
nos danses à caps d’acier
nos chansons de croisière
il faudra
sortir nos charmeurs de lombrics
nos avaleurs de sable et grimper sur les tables
il faudra
leur arracher les chiffres et les yeux avec nos griffes de lynx
les dépouiller de leurs envies
et quand ils auront ri
et bu
et oublié de voir
ils se souviendront que le thé s’achète en sachets chez Rachel-Berri
et qu’il porte des noms avec des trémas
nous les mettrons sur les rails du retour
ils nous laisseront le labrador, le petit thé et la cédrière
ils nous laisseront
cachés sous le couvert du ciel
tranquilles
les coyotes, les outardes et les chevreuils
et puis les chats sauvages endormis dans le soleil
cette lumière de commencement du monde